L’Armagnac, le Cognac et le Whisky sont des eaux-de-vie élaborées par distillation puis vieillies dans des barriques. Dans la culture anglo-saxonne, on les qualifie toutes trois de « brandy ». Mais c’est là leur seule parenté.

L’Armagnac, comme le Cognac, est une eau-de-vie de vin blanc régional vieillie en fût de chêne. Tous deux sont élaborés à partir de raisins. Ils dépendent d’un calendrier, celui des saisons, qui rythme le travail de la vigne, des vendanges, de la vinification et de la distillation, cette dernière devant avoir lieu avant le 31 mars qui suit l’année de la récolte. Cette saisonnalité oblige les producteurs d’Armagnac et de Cognac.

Le Whisky quant à lui est une eau-de-vie de céréales vieillie en fût de bois. Il est produit à partir de grains (orge en général). Comme les eaux-de-vie industrielles telles que le Gin, la Vodka ou le Rhum, il peut être distillé toute l’année.

Armagnac vs Cognac : les terroirs

Armagnac et Cognac sont des eaux-de-vie françaises AOC, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent être produites en dehors de leur région éponyme. 300 km séparent les deux territoires, la région de Cognac se situant plus au Nord (Charente, Charente-Maritime et une partie de la Dordogne et des Deux-Sèvres). Les terroirs se distinguent par leurs sols et leur climat, donnant aux eaux-de-vie leur typicité propre. Le sol cognaçais est majoritairement calcaire alors que le sol armagnacais est sablonneux, argilo-silicieux et argilo-calcaire. La diversité des sols armagnacais, divisés en trois terroirs, donnent à l’eau-de-vie gasconne une grande variété de nuances qui signent son originalité. La région Armagnac connaît un climat tempéré plus sec et ensoleillé l’été et plus rude l’hiver que la région de Cognac au climat océanique tempéré

L’appellation AOC suppose que ces eaux-de-vie sont élaborées dans le respect d’un cahier des charges réglementé garantissant leur origine et leur authenticité.

Armagnac vs Cognac : les cépages

L’Armagnac est un vin blanc de Gascogne distillé, chauffé dans un alambic armagnacais, puis vieilli en fût de chêne. Il est élaboré à partir de différents cépages (10 cépages fixés par l’AOC) dont l’Ugni Blanc (75%), la Folle Blanche, le Baco (19%) et le Colombard. L’Ugni blanc provient de la région de Cognac. Il a été largement planté dans la région Armagnac après les ravages du phylloxera à la fin du XIXème siècle. 

Le Cognac est élaboré à partir de raisins blancs essentiellement issus de l’Ugni Blanc, ce cépage composant 98% du vignoble cognacais.

La diversité des cépages de l’Armagnac est due à la tradition viticole de la région qui produit avant tout un vin destiné à la dégustation. La région de Cognac produit essentiellement du vin destiné à la distillation.

Armagnac vs Cognac : la distillation

Les eaux-de-vie d’Armagnac et de Cognac naissent de deux alambics bien distincts. C’est d’ailleurs une différence fondamentale car l’eau-de-vie d’Armagnac, qui sort moins chargée en alcool que celle de Cognac, tire de son alambic une richesse aromatique incomparable. 

 

L’alambic « armagnacais » est un alambic à colonnes en cuivre et à distillation continue à bas degré. Les vapeurs du vin chauffé rencontrent le vin frais, ce processus d’imprégnation faisant la spécificité du processus de distillation de l’Armagnac. Le vin n’est distillé qu’une seule fois, permettant une meilleure conservation de l’essence du raisin et de l’arôme du vin. Après distillation, l’eau-de-vie d’Armagnac titre à 54% ABV.

L’alambic « cognaçais » ou « charentais » est un alambic basique en cuivre à repasse (double chauffe). L’alcool est distillé deux fois. Le vin est porté à ébullition, les vapeurs s’échappent et se condensent progressivement au contact de l’eau froide. Ce liquide (27-32% ABV) est chargé dans la chaudière pour une seconde distillation. Les fractions de début (trop riches en alcool) et de fin de distillation sont écartées. L’eau-de-vie « de cœur », celle qu’on appellera Cognac, titre à 72% ABV.

La période de distillation des eaux-de-vie d’Armagnac et de Cognac est fixée par l’AOC et s’étend des vendanges au 31 mars qui suit la récolte.

L’Armagnac, un spiritueux inscrit dans la culture du vin

L’Armagnac est le spiritueux le plus proche du vin ! Le seul spiritueux pouvant réellement s’ennoblir avec l’âge car il conserve suffisamment de matière organique vivante du vin frais dont il est issu. Cette particularité donne à l’Armagnac une vraie singularité, celle de pouvoir évoluer dans le temps à l’instar d’un grand vin.

Cette eau-de-vie « vivante » reflète l’expression d’une année. C’est d’ailleurs la seule eau-de-vie pouvant pleinement justifier le millésime. Son vieillissement contribue à lui donner une complexité unique. C’est ce qui la rattache à la culture du vin et la distingue des autres brandies, des eaux-de-vie « brûlées » (Cognac titrant à 72% ABV), ou « mortes » (Gin et Vodka titrant à 90% ABV).

Armagnac vs Cognac : le vieillissement

Au sortir de l’alambic, les eaux-de-vie d’Armagnac et de Cognac, sont logées dans des fûts de chêne. Les principes de vieillissement se ressemblent. L’Armagnac et le Cognac évoluent dans des fûts neufs ou anciens, voyageant entre chai sec et chai humide. Au cours du vieillissement, des échanges s’opèrent entre le chêne et l’eau-de-vie, développant les arômes et permettant la coloration naturelle. 

Le Maître de chai définit la durée de maturation de ces eaux-de-vie, les conduisant à travers leur vieillissement vers les saveurs qui déterminent sa signature. 

L’évaporation naturelle de l’alcool pendant le vieillissement permet à l’Armagnac d’atteindre ses 40-45% ABV à la vente. Le Cognac est quant à lui progressivement dilué avec de l’eau distillée ou déminéralisée pour atteindre ses 40-45% ABV à la vente. 

L’Armagnac comme le Cognac ne sont pas aromatisés artificiellement. Ils tirent leurs saveurs exclusivement du vin distillé et du chêne dans lequel ils vieillissent. En cela ils se distinguent des eaux-de-vie industrielles (Gin, Vodka), des alcools neutres de grain caractérisés par l’adjonction naturelle ou artificielle de parfums.

Armagnac vs Cognac : les comptes d’âge

L’Armagnac est issu d’assemblages (comme le Cognac) ou millésimé (comme le vin). L’étiquette ne porte alors pas les mêmes mentions de vieillissement. 

La composition d’un assemblage peut comprendre différents cépages, différentes origines (toutes AOC) ou différents âges. La mention de vieillissement inscrite sur l’étiquette correspond à l’âge de la plus jeune eau-de-vie entrant dans l’assemblage. Le comptage du vieillissement débute au 1er avril qui suit la distillation. La date de mise en bouteille peut être indiquée sur la contre-étiquette.

L’Armagnac millésimé provient quant à lui d’une seule et même année de distillation, parfois même d’un seul et même fût. On le dit alors « single cask ». La date inscrite sur l’étiquette est celle de son millésime, soit celle de l’année de la récolte du raisin. La durée de vieillissement de l’Armagnac n’est pas réglementée. 

Le Cognac est une eau-de-vie issue de l’assemblage d’eaux-de-vie d’âges ou de crus différents. Son étiquette porte la mention de la date de la mise en bouteille et de la durée de vieillissement de l’eau-de-vie la plus jeune entrant dans la composition de l’assemblage. Le comptage du vieillissement débute au 1er avril qui suit la distillation.

Les Cognacs sont classés par âge de vieillissement selon des mentions normalisées et contrôlées par le BNIC : VS (au moins 2 ans de vieillissement sous bois), VSOP (au moins 4 ans de vieillissement sous bois) et XO (au moins 10 ans de vieillissement sous bois). Derrière ces sigles se cachent néanmoins des spécificités de vieillissement propres à chaque producteur.

Armagnac vs Cognac : deux eaux-de-vie françaises, deux histoires

L’Armagnac et le Cognac ont deux trajectoires historiques singulières qui influent sur leur renommée actuelle. L’Armagnac s’est développé sur un modèle de consommation française alors que le Cognac s’est établi sur un modèle d’exportation vers les Pays-Bas et l’Angleterre.

L’Armagnac est la plus ancienne eau-de-vie française ! Sa production est attestée depuis 1310. Son élaboration répondait alors à une utilisation thérapeutique. Un siècle plus tard, ce remède d’apothicaire est devenu une boisson « merveilleuse » appréciée pour ses qualités gustatives, une eau-de-vie précieuse élaborée en marge de la production vinicole de la région. 

L’origine de l’eau-de-vie de Cognac est bien différente. Au XVIème siècle, le vin de Charentes était exporté par les Hollandais vers le Nord de l’Europe au départ des ports de la côte Atlantique (La Rochelle) alors que les Anglais contrôlaient le Bordelais. Il était distillé pour être conservé et voyager sans arriver « piqué » à sa destination. A l’arrivée, cette eau-de-vie était allongée avec de l’eau pour être consommée comme du vin. Le Cognac en tant que tel n’émerge véritablement qu’au XVIIIème, avec l’apparition de la double distillation empruntée au Whisky et le vieillissement en fût de chêne. Il est conçu pour un marché d’exportation alors que la croissance économique et démographique anglaise entraîne une pénurie d’alcool. Des commerçants venus d’Outre-Atlantique installent à Cognac des sociétés de négoce spécialisées dans la production de l’eau-de-vie charentaise. Sous Napoléon III, un traité de commerce signé entre la France et l’Angleterre (1860) dope l’exportation du Cognac. Aujourd’hui, 98% de sa production est exportée. Sous la pression du marché international, la production du Cognac, de plus en plus industrialisée, tend vers une uniformisation de ses saveurs.

Armagnac vs Cognac : authenticité artisanale vs production à grande échelle

L’Armagnac, trésor discret du patrimoine gastronomique français, a su garder son identité et sa typicité. Sa production artisanale plus confidentielle perpétue un savoir-faire ancestral. Aujourd’hui, son prestige rayonne mondialement auprès de connaisseurs qui apprécient la diversité de ses nuances, la richesse de sa palette aromatique reflétant les engagements de petits producteurs passionnés. Il conserve un caractère authentique, traditionnel et artisanal qui en fait un produit d’exception.

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